Ados et réseaux sociaux : comment ils peuvent préserver leur santé mentale

Publié le 27/03/2025
Les adolescents ont appris à se méfier d'Instagram ou de TikTok, montre une nouvelle étude. On peut les aider en limitant leur accès au téléphone portable, mais pas que.

[REVUE DE PRESSE] Les adolescents seraient ils moins naïfs et passifs qu’on l’imagine, quand ils utilisent Instagram, Tik Tok ou Snapchat ? C’est en tout cas la conclusion qu’on peut tirer d’une étude sur leurs usages du numérique, publiée en février par la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil). Les jeunes savent que les réseaux sociaux peuvent avoir des effets négatifs sur leur santé mentale. Les médias évoquent à la fois comment ils s’y prennent pour la préserver, et des mesures qui pourraient les y aider. 

Les idées reçues concernant le moment où les adolescentes et les adolescents entrent dans le numérique sont nombreuses. “On invoque toujours les mêmes représentations, regrette le journaliste de L’ADN David-Julien Rahmil. Les parents offrent un portable à l’entrée de la 6ᵉ, les jeunes se précipiteraient alors sur les réseaux sociaux et les groupes de chat et, à partir de là, on entre dans une sorte de brouillard de guerre composé d’incertitudes, de craintes et d’incompréhensions”.

L’étude “Numérique adolescent et vie privée” dépeint des jeunes de 11 à 15 ans plus avertis et des parents moins dépassés qu’on le pense. Réalisée par le sociologue de la Cnil Mehdi Arfaoui et la responsable de la mission d’éducation au numérique Jennifer Elbaz, l’enquête repose sur une revue de la littérature scientifique, sur 130 entretiens avec des collégiens et 600 questionnaires remplis par les parents.

Ainsi, les réseaux sont plutôt perçus avec méfiance par les jeunes et leurs parents. “Chaque nouvelle installation d’application sociale se fait de manière progressive et fait l’objet d’âpres négociations avec les parents, qui gardent généralement le contrôle sur le portable de leur enfant, écrit David-Julien Rahmil. L’installation de l’application TikTok, qui est au centre de nombreuses polémiques et paniques morales, est ainsi bien souvent retardée et négociée“.

  • Lire l’article publié le 21 mars sur le média L’ADN
  • Consulter l’étude mise en ligne le 24 février sur le site de la CNIL

Cette étude vient nuancer un tableau plutôt noir dressé par ailleurs. Dans l’actualité culturelle, la série britannique Adolescence, inspirée de cas réels, met en scène de manière dramatique l’influence des réseaux sociaux. Disponible depuis le 13 mars sur Netflix, cette fiction raconte l’histoire d’un garçon de 13 ans accusé d’avoir tué une camarade. “Il est question de réseaux sociaux […] et de leurs ravages, ici la faible estime de soi et la difficulté à contrôler ses frustrations, écrit la journaliste de France Télévisions Laure Narlian. La série évoque aussi la montée préoccupante des thèses “masculinistes” chez les jeunes”.

Au même moment, l’essai intitulé “Génération anxieuse”, tout juste publié en français (éditions Les Arènes), défend la thèse selon laquelle l’accès trop précoce aux smartphones et aux réseaux chez les jeunes nés après 1995  est la principale cause de la détérioration de leur santé mentale. Les arguments de l’auteur, le chercheur américain Jonathan Haidt, spécialiste de psychologie sociale, suscitent le débat chez les scientifiques à travers le monde, et aussi dans la société.

“J’ai demandé à Jonathan Haidt ce qu’il recommande [aux députés du Québec], écrit le journaliste Alexandre Sirois dans le quotidien canadien La Presse. Premièrement, le gouvernement devrait interdire les téléphones dans les écoles du début à la fin de la journée. Pas seulement en classe. Enfin, il faut imiter l’Australie : fixer une majorité numérique à 16 ans et forcer les entreprises technologiques à la respecter”.

En France, une expérimentation se tient dans près de 200 collèges pour l’année scolaire en cours. L’utilisation du téléphone portable est déjà interdite par la loi depuis 2018, souligne le journaliste de France Télévisions Luc Chagnon, mais pas l’appareil lui-même. Le test implique que les portables soient déposés à l’entrée dans l’établissement, et repris à la sortie. 

D’autres voies, à part l’abstinence ? Plutôt que de couper avec les réseaux sociaux, deux chercheuses de l’université de Colombie Britannique (Canada) recommandent de mieux les utiliser. De moins “scroller” (c’est à dire faire défiler passivement des contenus), pour se connecter davantage aux autres. Dans leur expérience, des jeunes adultes entre 17 et 29 ans ont été encouragés à s’engager activement vis à vis de leurs amis en commentant leurs contenus ou en leur envoyant des messages directs — un comportement qui tend à approfondir les liens significatifs tout en aidant les utilisateurs à se sentir plus soutenus socialement. Cela a amélioré le bien-être chez les participants.  

La journaliste Béatrice Kammerer, autrice de “Nos ados sur les réseaux sociaux. Même pas peur !” (édité par Réseau Canopé), propose des pistes aux parents. Inutile, selon elle, de répéter aux jeunes de vérifier tout ce qu’ils regardent pour éviter d’être manipulé. “Ca entretient les jeunes dans cette image très sombre du monde qui leur laisse entendre que grosso modo il n’y a que des mensonges sur Internet, ce qui n’est évidemment pas le cas, explique-t-elle. Au contraire, il faut pouvoir leur montrer tout ce qui se fait de bien, toutes les bonnes enquêtes, toutes les bonnes pratiques parce que ça c’est renforçant et ça leur donne de la confiance en eux”.

Face au risque de tomber sur des contenus pornographiques, Béatrice Kammerer suggère d’ouvrir la discussion. “Il faut pouvoir en parler comme toutes les images qui peuvent choquer, dire à son enfant : Si tu tombes sur quelque chose qui te choque, que ce soit pornographique ou non d’ailleurs, il faut pouvoir en parler. » 

  • Ecouter son entretien en 2023 “Ados et réseaux sociaux : et si on avait tout faux ? Parlons pratiques !” sur le podcast Extra classe du Réseau Canopé

CREDITS DE CETTE REVUE DE PRESSE

Veille de l’actualité en santé mentale : équipe Psycom
Choix du sujet en comité éditorial : Estelle Saget, Cyril Combes, Léa Sonnet, Aude Caria (Psycom)
Rédaction : Estelle Saget (Psycom)